• "La logique du profit est en train d'affamer les paysans, en attendant de les éliminer de la surface de la Terre" (Pierre Rabhi)

     Crédit photo : Compost capitalism

    Sans Terre, déracinés, enfants victimes du Progrès, les paysans du monde entier luttent chaque jour pour protéger leurs parcelles de terre : Inde, Tibet, Afrique, Brésil ou encore Bolivie.

    Le 22 avril dernier, on célébrait à nouveau la "Journée mondiale de la Terre" inspirée de l'appel du sénateur américain Gaylord Nelson, le 22 avril 1970, pour sensibiliser le grand public aux questions environnementales. Un appel qui avait mobilisé à l'époque 20 millions d'étudiants américains. Et qui prend tout son sens encore, 44 ans plus tard.

    « En examinant objectivement la condition imposée aux humains sous le prétexte d’un progrès proclamé haut et fort comme libérateur, je ne pourrai malgré moi m’empêcher de ressentir le caractère carcéral du système, une variante de culture hors sol appliquée à l’humain. » (Pierre Rabhi, extrait du livre : Vers la sobriété heureuse ).

    Semeurs d’espoirs, hommes et femmes de plus en plus nombreux à vouloir reconnecter l’Humain à la terre et redonner au secteur agricole ses lettes de noblesse : Rajagopal, Vandana Shiva, Pierre Rabhi ou encore François Rouillay. Tous aspirent à ce que l’on appelle un « changement de paradigme ». Des objectifs profonds et discutables, puisqu’il ne saurait y avoir de pensée unique :

    Recherche d’indépendance face à l’asservissement du système capitaliste, quête d’autosuffisance et de déconditionnement pour un bien être individuel et un mieux vivre ensemble. Renoncement de l’égo et du nombrilisme inerte en faveur d’une revalorisation de l’être humain au service d’un grand Tout. Reconsidération de l’Etre plutôt que de l’Avoir afin d’accompagner l’Agir.

    Le plus connu des mouvements des paysans sans terre au monde est le MST (mouvement des travailleurs ruraux sans terre) qui a fêté cette année ces 30 ans d’existence. En 1964, la dictature militaire au Brésil, ratifie une loi sur le Statut de la Terre pour encourager la modernisation des latifundos (grandes exploitations agricoles pratiquant l’agriculture intensive). De fait, les grands propriétaires en profitent pour racheter les terres des petits paysans.

    En 1970 le légendaire mouvement des ligues paysannes du Brésil est décimé par la police militaire. Les dirigeants sont assassinés ou envoyés en exil. Ce n’est qu’à la fin de la dictature en 1984 que le MST prend le relai.

    La mécanisation de l’agriculture est déjà lancée. Pris en étau, les paysans locaux se voient privés de leurs terres et contraints de s’exiler vers les grandes villes. Un appel à la résistance et à la solidarité souffle dès lors dans les esprits des paysans. Ces derniers font de la lutte pour la Terre, pour la réforme agraire et la transformation sociale leur cheval de bataille, qui ne saurait déplaire au gouvernement.

    Prix nobel alternatif de la paix en 1991, le MST retient lui aussi un événement tragique dans son histoire : le massacre d’Eldorado de Carajás le 17 avril 1996, fortement médiatisé. Ce 17 avril, alors que des milliers de paysans brésiliens entamaient une marche pacifique sur la route reliant Parauapebas à Marabá, un bataillon de la police militaire bloque la route et fait feu sur les manifestants. Bilan : 19 morts sur le coup, 65 blessés et 2 morts des suites de leurs blessures. Un massacre prémédité selon les dires, qui a longtemps été controversé. Cette date du 17 avril est devenue depuis la journée mondiale des luttes paysannes

    Aujourd’hui Gilmar Mauro, le directeur du MST  entend bien perpétuer les valeurs du mouvement et permettre aux familles locales de se nourrir dignement.

    « La lutte est élémentaire, mais fondamentale pour réveiller la conscience politique. Nous avons réussi à construire une organisation qui va au-delà de la lutte pour la terre, qui puise des ingrédients dans l’éducation, la communication, la production, comprenant que la lutte pour la terre et la réforme agraire va bien au-delà de la conquête d’un bout de terre. » (Gilmar Mauro) 

    Vidéo du Mouvement des travailleurs sans terre du Brésil, son combat en faveur de l’éducation et ses objectifs pour l’avenir du pays :

    Dignité, égalité, justice. Trois valeurs pour lesquelles se bat lui aussi Rajagopal, leader du Mouvement Ekta Parishad en Inde, crée en 1970. Ici Rajagopal aide les paysans du Nord et du Sud de l’Inde à se réapproprier leurs terres accaparées par les géants de l’agro-industrie. Mouvement non-violent en faveur des populations les plus marginalisées comme les intouchables et les communautés tribales l’Ekta Parishad prône l’égalité des sexes et des castes autour de plusieurs axes : parmi eux, la redistribution des terre aux paysans, la protection de leurs droits, des enquêtes en faveur de la distribution de titres de propriété et la sensibilisation à l’agriculture biologique. A l’instar du Mahatma Gandhi, c’est par le biais de marches pacifistes, grèves de la faim, sièges et blocages de route, que Rajagopal tente de diffuser son message, à travers huit états de  l’Inde : Pradesh, Uttar Pradesh, Tamil Nadu, Kerala, Madya, Orissa, Bihar, Chattisgarh et Jharkhand). On compte aujourd’hui près de 150 000 membres d’Ekta Parishad engagés à soutenir les 14 millions de paysans sans terre en Inde.

    Le documentaire « : « Un nouveau monde en marche » raconte la naissance du mouvement Ekta Parishad :

    « Désormais, la plus haute, la plus belle performance que devra réaliser l’humanité sera de répondre à ses besoins vitaux avec les moyens les plus simples et les plus sains. Cultiver son jardin ou s’adonner à n’importe quelle activité créatrice d’autonomie sera considéré comme un acte politique, un acte de légitime résistance à la dépendance et à l’asservissement de la personne humaine. » (Pierre Rabhi)

    Afin que ceux qui ont toujours su nourrir le monde ne soient pas reléguer au denier maillon de la chaine. Comme le souligne le film « Adieu paysans »  réalisé par Audrey Maurion.

    Défendre l’accès à la Terre. Droit humain et fondamental pour le paysan. Et l’être humain plus généralement. Défendre une source de vie et d’abondance naturelle. Défendre le droit de semer et de récolter les graines d’avenir saines et libres pour les générations futures. Face à la logique commerciale et extensive de l’industrie agroalimentaire, rechercher les alternatives et contre-pouvoir non-violents et productifs. Défendre jusqu’au bout le droit de l’ETRE en Harmonie avec son environnement et non d’un AVOIR illusoire, en lutte vaine contre son environnement.

    « La terre n'appartient pas à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre » (sagesse amérindienne) 

    Elodie Terlon.   

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