• INDE, PAKISTAN, CAMBODGE : QUAND L’ACIDE DEVIENT UNE ARME

    Femme indienne brûlée vive pour une dot (LC Visuals)

    Paris Match en a publié deux feuillets cet été. Aujourd’hui les victimes demandent que justice soit faite. En Asie rien de plus simple pour faire obéir une femme : l’asperger d’acide et la laisser se consumer toute seule. A l’occasion de la journée internationale contre la violence faite aux femmes, revenons sur ce phénomène des plus préoccupants Comment est-il né, quelles conséquences peut-il avoir sur la société et comment les victimes continuent à vivre malgré tout ?

    Nouvelle forme d’intimidation, nouvelle façon d’imposer son autorité, l’attaque à l’acide est devenue monnaie courante en Inde ces dernières années. Pourquoi ? Les raisons sont simples : refuser les avances d’un homme, refuser de se marier de force, de payer une dot excessive, d’habiter sous le même toit que sa belle-famille, tromper son mari, ou bien encore mettre au monde une petite fille plutôt qu’un garçon.

    Défigurées, traumatisées, humiliées, en perte totale de leur identité, de leur travail et parfois de leur famille, les femmes brûlées (celles qui survivent) sont aujourd’hui prêtes à se battre, contre leurs agresseurs. A lutter contre la douleur et l’injustice dont elles ont été victimes. C’est auprès d’associations comme celle de Vimochana à Bangalore au sud de l’Inde qu’elles trouvent désormais refuge pour consulter un médecin et se faire opérer. En général, il faut compter une vingtaine d’opérations pour que le visage d’une femme brûlée, retrouve une apparence décente. En plus de la chirurgie plastique, certaines « sans visage » comme on les appelle apprennent à se reconstruire petit à petit en s’investissant dans une activité qui les passionne.

    Au Pakistan, c’est le cas de Saira, une jeune femme de 22 ans brûlée à l’acide par un homme dont elle a refusé les avances, qui travaille dans le salon de beauté à Lahore (à l’Est du Pakistan) pour redonner aux victimes comme elles leur féminité.Cet événement a définitivement marqué mon existence et détruit ma figure, mais j'ai envie de vivre et aujourd'hui, je me sens vraiment belle, a-t-elle confié aux équipes de Ouest-France.

    Agoravox

    En effet il n’y a pas qu’en Inde que ces drames arrivent. Les attaques à l’acide surviennent aussi au Pakistan, au Cambodge et au Bangladesh, car la vente de vitriol (l’autre nom pour désigner l’acide sulfurique) est totalement libre. A 20 roupies la bouteille, soit 20 centimes d’euros sur le marché, tout le monde peut s’en procurer. Utilisée au départ en teinturerie, l’acide sulfurique est devenue en quelques années une arme comme les autres. Contrairement à l’Inde où aucune législation ne restreint la vente de vitriol à des personnes lamba, le Cambodge, quant à lui, compte établir une loi prévoyant que tout auteur d’un tel crime serait passible de 5 ans d’emprisonnement à la prison à vie, d’ici la fin de l’année, selon l’AFP. D’ailleurs, depuis jeudi 19 novembre, Morm Nheb, une victime parmi tant d’autres et maman de deux enfants réclame que justice soit faite auprès du gouvernement cambodgien. La situation aurait peut-être des chances de s’améliorer.

    Néanmoins, jusqu’à maintenant les attaques à l’acide sont déguisées en accidents domestiques et les crimes restent impunis. Lorsque les médecins interrogent les victimes à l’hôpital, bien souvent celles-ci prétendent qu’elles étaient en train de préparer le repas quand leur châle à pris feu. Plutôt que d’admettre la brutalité de leur mari.

    Violence gratuite, colère de femme mariée, volonté de ruiner sa belle fille en demandant une dot excessive ou bien encore, volonté de protéger les intérêts de certaines personnalités influentes, toutes les raisons sont bonnes pour faire du mal à une femme. Même si les mœurs en Inde ont évolué, la condition des femmes là-bas est aujourd’hui encore loin des strass et des paillettes que l’on s’imagine depuis l’Occident. Dans son ouvrage « La nuit aux étoiles », l’écrivaine Shobhaa Dé y fait d’ailleurs référence. Ce n’est pas toujours les femmes des castes inférieures qui sont les plus malheureuses, contrairement à ce que l’on pourrait croire.

    Dans une société où la femme préside depuis 2007, l’admiration pour la beauté serait-elle en plein déclin ? Qu’en est-il d’une société déjà en difficulté économique, si les femmes ne peuvent plus travailler ? Qu’en est-il de l’avenir du pays si les femmes disparaissent ? A méditer…

     Jeunes femmes en sari

     A lire aussi : « Brûlée à l’acide » de Naziran et Célia Mercia, ed. Flammarion

    A consulter : L’association des survivants cambodgiens de l'acide ;  Acid Survivors Foundation : http://www.acidsurvivors.org/

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